La colorimétrie, c’est la grammaire de notre métier. 80% des erreurs en coloration ne viennent pas d’une mauvaise application — elles viennent d’une mauvaise lecture du cheveu avant d’agir.
En 30 ans, j’ai vu passer beaucoup de jeunes coiffeuses qui suivaient des recettes : « pour faire un blond clair, je prends ça ». Elles obtiennent le résultat 3 fois sur 5. Les 2 fois où ça rate, elles ne savent pas pourquoi. C’est exactement ce que la colorimétrie t’apprend à diagnostiquer.
Le truc que personne ne te dit clairement au CAP
Au CAP, on t’apprend qu’il y a des hauteurs de tons (1 à 10), un cercle chromatique, des codes de coloration. C’est vrai. Mais on t’apprend ça de façon désincarnée, comme si tu allais avoir affaire à des cheveux « moyens » toute ta vie. Or, dans la vraie vie, chaque tête est unique : la mère est blonde naturelle vierge, la fille est châtain avec un henné de 2 ans, la copine a fait 3 décolorations en 18 mois.
La colorimétrie professionnelle, celle qui te fait passer dans une autre cour, c’est apprendre à lire un cheveu avant même de toucher au flacon. C’est ça que je vais te raconter.
Les hauteurs de tons : l’échelle de référence
| Hauteur | Couleur |
|---|---|
| 1 | Noir |
| 2 | Brun foncé |
| 3 | Châtain foncé |
| 4 | Châtain |
| 5 | Châtain clair |
| 6 | Blond foncé |
| 7 | Blond |
| 8 | Blond clair |
| 9 | Blond très clair |
| 10 | Blond platine |
C’est ton premier réflexe avant toute prestation : identifier la hauteur de ton de départ de ta cliente, et la hauteur de ton qu’elle vise. La différence détermine ta stratégie complète : coloration uniforme, balayage, décoloration, choix de l’oxydant (10, 20, 30, 40 vol.).
Petit piège : la cliente arrive rarement avec une hauteur uniforme. Les racines peuvent être en 4, les mi-longueurs en 7 (vieille coloration qui s’est délavée), les pointes en 9 (anciennes mèches). Tu travailles 3 zones différentes, avec 3 stratégies différentes. C’est ça la nuance que les bonnes coloristes maîtrisent.
Le cercle chromatique : la base des neutralisations
Le cercle chromatique organise les couleurs primaires (rouge, jaune, bleu) et secondaires. En coiffure, son usage principal c’est neutraliser les reflets indésirables.
| Reflet à neutraliser | Couleur complémentaire |
|---|---|
| Jaune | Violet |
| Orange | Bleu |
| Rouge | Vert |
| Cuivré (mélange jaune-orange) | Bleu-vert (cendré) |
C’est le principe sur lequel reposent toutes les patines violettes pour les blondes : neutraliser les reflets jaunes qui apparaissent après décoloration.
Application concrète : tu décolores une cliente brune. Tu obtiens un fond résiduel orange. Si tu poses une patine violette dessus (réflexe classique), tu ne neutralises rien — tu mets du violet dans de l’orange, ça donne du marron. Sur orange, il faut du bleu. Cette compréhension-là, elle change tout.
Décrypter les codes des marques
Toutes les marques pro utilisent une codification standardisée :
- Premier chiffre : hauteur de ton (1 à 10)
- Chiffre après le point ou le slash : reflet principal
- Chiffre suivant (optionnel) : reflet secondaire
Exemple : 7.3 = blond (hauteur 7) doré (reflet 3). 5.46 = châtain clair (5) cuivré (4) rouge (6).
| Code reflet | Famille |
|---|---|
| 0 | Naturel |
| 1 | Cendré (vert/bleu) |
| 2 | Irisé / mat (violet) |
| 3 | Doré |
| 4 | Cuivré |
| 5 | Acajou |
| 6 | Rouge |
| 7 | Marron / fumé |
Petite nuance entre marques : Wella, L’Oréal et Schwarzkopf utilisent le même système globalement, mais avec des intensités légèrement différentes. Un 7.1 chez Wella tire plus vers le bleu, alors que le même chez L’Oréal a un peu plus de violet. Tu apprends ces subtilités en travaillant avec une marque sur 6-12 mois.
Les 5 erreurs colorimétriques qui plombent une coiffeuse
1. Ignorer le sous-ton naturel
Une cliente arrive avec un châtain « neutre » en apparence. Tu poses ton doré 7.3 dessus. Résultat : la chevelure tire massivement vers le cuivré, beaucoup plus que prévu. Pourquoi ? Le sous-ton naturel de ta cliente était déjà chaud (doré-cuivré sous le pigment). Tu as ajouté du chaud sur du chaud = saturation.
Le réflexe expert : diagnostiquer le sous-ton avant de choisir la formule. Regarder à contre-jour la racine, repérer la dominante. Adapter en conséquence.
2. Sous-estimer l’oxydation préalable
Sur des cheveux déjà décolorés ou colorés, la mélanine résiduelle s’oxyde différemment. Un même produit donnera un résultat plus chaud sur cheveux décolorés que sur cheveux vierges. Comme la fibre est poreuse, elle capte le pigment chaud avant le pigment froid.
3. Mélanger deux nuances trop éloignées
Un 7.0 + un 9.0 ne donne pas systématiquement un 8.0. Les pigments interagissent. Sur certaines marques (Schwarzkopf notamment), le résultat est plus proche du 7.5. Sur d’autres (Wella) c’est plus juste. Connaître ta marque, c’est connaître ces nuances.
4. Mauvais choix d’oxydant
Monter de 3 tons demande un 30 volumes, pas un 20. À l’inverse, une nuance ton sur ton avec un 20 volumes « ouvre » trop la fibre pour rien (et tu fragilises la cliente).
| Objectif | Oxydant à utiliser |
|---|---|
| Patine pure / gloss | 6 vol. |
| Ton sur ton | 10 vol. |
| Éclaircir jusqu’à 2 tons / cheveux blancs | 20 vol. |
| Éclaircir 3 tons | 30 vol. |
| Éclaircir 4 tons + (rare) | 40 vol. |
5. Négliger la porosité
Un cheveu très poreux (décoloration multiple, soleil, piscine, lissage) absorbe la couleur plus vite et plus fort. Sans réduction du temps de pose, le résultat est plus foncé que prévu, et plus chaud. Sur cheveux poreux : -25% de temps de pose minimum.
Pourquoi le CAP ne suffit pas en colorimétrie
Le programme du CAP Métiers de la coiffure aborde la colorimétrie à un niveau très introductif : connaissance des hauteurs, principe du cercle chromatique, premières règles de mélange. C’est insuffisant pour la pratique professionnelle, où chaque cliente présente une combinaison unique de base couleur, sous-ton, porosité, historique chimique.
Les coloristes expertes investissent systématiquement dans une formation colorimétrie avancée après le CAP — c’est même considéré comme la formation prioritaire avant toute spécialisation en balayage ou décoloration.
Comment se former vraiment
Trois approches complémentaires que j’ai vues fonctionner :
1. Formation théorique structurée
Stages dédiés à la colorimétrie (1 à 3 jours), souvent organisés par les marques (L’Oréal Academy, Wella Studio, Schwarzkopf ASK Academy) ou par des coloristes expertes indépendantes. Tarifs : 300 à 1 000 €.
2. Pratique encadrée sur modèles variés
La théorie sans pratique ne sert à rien. Il faut multiplier les diagnostics et formulations sur des chevelures différentes (blonde, brune, rousse, blanche, décolorée, vierge, hennée). Chaque type t’apprend quelque chose de différent.
3. Coaching individuel sur cas réels
Le format le plus efficace pour franchir un palier : tu présentes tes cas-problèmes en salon (correction couleur ratée, balayage qui dégorge, neutralisation qui vire…), et tu co-construis la solution avec la formatrice.
Les ressources gratuites pour démarrer
- Le nuancier de la marque que tu utilises en salon : étudie-le, comprends la logique de codification, fais des associations entre les fiches
- Le diagnostic systématique : avant chaque cliente, prends 3 minutes pour identifier hauteur de départ, hauteur cible, sous-ton dominant, porosité. Note-le sur sa fiche.
- Photographier ses résultats : avant/après, dans les mêmes conditions de lumière (lumière naturelle, pas néon salon). Tu analyses objectivement tes succès et tes erreurs après coup.
- Tester les nuances « voisines » sur des mèches modèles : poser un 7.13, un 7.1 et un 7.3 côte à côte sur 3 mèches similaires, pour voir la vraie différence visuelle. Tu te bâtis ton intuition.
Questions qui reviennent
Combien de temps pour maîtriser la colorimétrie en coiffure ?
6 à 12 mois de pratique intensive après une formation structurée pour stabiliser les réflexes de diagnostic. La maîtrise complète (capacité à improviser des corrections complexes) prend 3 à 5 ans.
Faut-il connaître la chimie ?
Une compréhension de base est utile : oxydation, action des alcalins, structure de la kératine. Pas de niveau universitaire. Les bonnes formations colorimétrie expliquent les phénomènes chimiques essentiels en termes accessibles.
Quelle marque apprendre en premier ?
Celle que tu utilises en salon. Les principes colorimétriques sont universels : maîtriser une marque te permet d’en comprendre les autres rapidement.
Peut-on apprendre la colorimétrie en autodidacte ?
La théorie oui (livres, vidéos, nuanciers). La pratique non, sans œil expert pour corriger tes diagnostics. C’est précisément là que la valeur d’une formation se joue.
Quel est le tarif d’une formation colorimétrie ?
300 à 1 000 € pour une formation théorique structurée (1-3 jours), 200 à 500 € en vidéo, 800 à 1 500 € en coaching individuel sur plusieurs sessions.
Au plus haut niveau avec Chirly Afriat
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